Il existe des groupes en France qui alimentent la scène depuis plus de 10 ans et qui ne bénéficie malheureusement pas du soutient qu'ils méritent, UNSAFE fait partie de ces groupes. En espérant que l'arrivée de Manipulative Progress change la donne, en attendant voici un entretien avec Lionel, le guitariste fondateur qui nous explique les péripéties de son groupe et nous délivre une vision pleine de sincérité et de modéstie de la scène française. UNSAFE sera en concert le 17 mars à Limoges...
Tout d’abord, peux-tu faire un rapide historique de UNSAFE ?
Lionel (guitares) : Le groupe s’est formé en 1998 à Limoges autour de Stéphanie, notre bassiste, et moi-même.. On a connu pas mal de changement de personnel et de chanteur en particulier, ce qui nous a beaucoup retardé dans notre progression puisqu’à chaque changement, nous devions réarranger les titres ou modifier les paroles pour que ces anciens titres conviennent aux capacités du nouveau line up. C’est le principal souci du groupe mais cela fait un peu plus d’un an que notre chanteur est avec nous et j’espère que ça va durer.
Vous avez évolué sous le nom d’ENDLESS FALL, c’était quand ?
ENDLESS FALL c’était en 1994. En fait c’était surtout le projet du guitariste soliste. Je jouais avec Stéphanie dans ce groupe et on donnait dans le Hardcore mais on ne prenait pas du tout part à la composition. En 1997, il a décidé de dissoudre le groupe alors, Stéphanie et moi avons décidé de continuer ensemble dans un style plus Trash qui nous convient mieux et avons formé UNSAFE.
Vous avez sorti 4 démos sous le nom d’UNSAFE, les considérez-vous comme des démos ou bien des albums autoproduits ?
Oui pour les 4, ce sont des autoproductions. Notre première démo est sortie en K7, c’était en 1998. Notre deuxième démo en 2001 était plus un mini album qui a été démo du trimestre dans Metallian. Fake Reality, notre 3ème démo aurait du être un album mais notre chanteur de l’époque ne chantait qu’en français, ce qui nous plaisait que moyennement mais nous n’avions pas le choix. Nous n’avons pas trouvé de label, du coup nous en avons extrait 4 ou 5 morceaux pour en faire une démo et démarcher de nouveau les labels. Enfin la 4ème démo est sortie en 2005.
Qu’est-ce qui explique les 4 ans entre cette dernière démo et la sortie de Manipulative Progress ?
Une nouvelle fois nous avons du changer de chanteur car après la sortie de la démo, nous ne l’avons pas vu pendant 6 mois et quand nous l’avons appelé pour savoir ce qui se passait, il nous a dit que ça ne l’intéressait plus. Les chanteurs ne courant pas les rues dans Limoges, ça nous a pris du temps avant de trouver Freddy. Ensuite nous avons composé et enregistré l’album et puis le temps passe tellement vite. A l’origine Manipulative Progress devait sortir en janvier avant qu’il ne soit repousser à mars par Pervade Productions pour des raisons que l’on ignore.
Comment avez-vous signé avec Pervade Productions ?
On a contacté une boite de management M&Office qui nous a trouvé ce label Pervade Productions.
De quand datent les morceaux de Manipulative Progress ?
Deux ou trois titres datent de 2005 et on les jouait déjà sur scène à l’époque. On ne les avait pas enregistrés pour la démo et comme nous ne sommes pas du genre à composer un album en un mois, nous avons pris notre temps pour les autres titres et avons utilisé ceux là.
Comment se passe le processus d’écriture dans UNSAFE ?
C’est Stéphanie qui a tout composé sur l’album, musiques et la plupart des paroles. Elle fait les morceaux sur ordinateur avec un logiciel de batterie sur lequel elle rajoute ensuite les guitares et parfois même le chant. Elle a ainsi géré quasiment tous les morceaux de A à Z. Il ne nous reste plus ensuite qu’à reproduire ses compositions au local. Il nous arrive parfois de rajouter des petites choses, que se soit pour la batterie ou les guitares mais en général 95 % du boulot est déjà fait avant que nous attaquions un morceau en répétition. Aujourd’hui on voit de plus en plus de filles dans les groupes de Metal mais elles se contentent en général d’un rôle exécutif et officient souvent dans un style musical beaucoup moins technique que celui qu’on pratique. Stéphanie s’est aussi chargé de toutes les pochettes de nos démos précédentes, ce qui en plus du travail de composition est assez rare pour être souligné.
J’ai noté un élément nouveau dans UNSAFE, la voix claire, allez-vous continuer dans cette voie ?
En effet c’est un élément nouveau dans le groupe, lorsque Freddy est arrivé, il nous a dit qu’il savait également chanter avec une voix claire, étant assez amateur de SOILWORK, je me suis dit qu’on pouvait essayer et je suis content du résultat. Je crois que l’album aurait été plus monotone sans car même s’il n’y en a pas beaucoup, elles apportent énormément à l’album. C’est un élément que l’on aimerait garder même si on pense l’utiliser différemment à l’avenir.
Qui s’est chargé de la production de l’album ?
C’est Bernard LAVERGNE, qui est ingénieur du son mais qui a plutôt l’habitude de sonoriser des groupes sur scène que de les enregistrer en studio. C’est notre deuxième guitariste qui a fait sa connaissance lors d’un stage sur Paris. L’avantage c’est que l’on a fait ça dans notre local de répétition, ce qui exclu les contraintes d’un studio et surtout un ça a un avantage financier car les tarifs d’une journée de studio ne sont pas négligeables. Du coup les séances d’enregistrement étaient plutôt relax.
Les morceaux étaient-ils totalement finis avant d’enregistrer ou avez-vous laissé un peu de place pour l’improvisation ?
Non tous les morceaux étaient totalement finis, on n’est pas trop du genre à improviser, je ne pense pas que l’on ait le niveau pour cela. On avait fait un premier enregistrement sur ordinateur pour voir les points faibles ou qui clochaient. En fait la seule chose qui s’est faite en studio, ce sont les percussions, je n’ai découvert le résultat que l’album fini.
Justement d’où vient cette idée des percussions sur “Evolution ?”
Notre batteur est professeur de batterie et avec ses élèves, il a monté un groupe de percussions brésiliennes. On s’est dit qu’il serait intéressant d’insérer ce genre de chose sur un titre d’UNSAFE. On lui a demandé s’il était d’accord pour le faire et voilà, il a enregistré ça avec ses élèves. En fait on a choisi ce titre car avec Stéphanie, on pensait que c’était le plus faible de l’album et on cherchait à lui ajouter quelque chose pour le rendre moins fade. Nous avons aussi ajouté de la saturation sur la voix pendant les couplets, toujours dans l’optique de le rendre un peu plus attrayant. Du coup dans les différentes chroniques que j’ai pu lire, c’est ce titre qui fait l’objet de toutes les attentions alors que je trouve les autres meilleurs, celui-ci a été composé en une journée et ce n’est pas dans nos habitudes, comme quoi…
Quel est le thème général des paroles de l’album ?
Nos paroles sont plutôt accès sur les dérives et le malaise social actuel, UNSAFE n’est pas formé de révolutionnaires mais on parle plutôt du climat social que des expériences personnelles.
Allez-vous tourner pour promouvoir l’album ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de tournée prévue, juste une date à Limoges le 17 mars, on prend contacte en ce moment avec des tourneurs donc on verra bien. C’est sûr que j’aimerais jouer live mais aujourd’hui, avec les associations, ça marche par échange, ils nous font jouer chez eux et on fait jouer un de leur groupe chez nous. Mais on n’est pas organisateur de concert et on n’a pas d’association donc c’est très difficile.
Allez-vous jouer des titres issus des démos ou bien allez-vous vous concentrer sur Manipulative Progress ?
Non on va surtout jouer des titres de l’album. Il n’est pas exclu que l’on en fasse un ou deux plus anciens mais c’est vraiment pas certains d’autant plus que nous avons déjà environ 7 nouveaux titres de prêt pour un nouvel album. Donc je pense que l’on jouera plutôt des titres de l’album plus deux ou trois nouveaux.
Quelles sont vos principales influences ?
Dès le départ, Stéphanie et moi avons décidés d’orienter notre musique vers le style qui nous correspondait le plus : le power thrash et des groupes comme MACHINE HEAD, PANTERA, SKINLAB, FORBIDDEN, CHIMAIRA ou DEARLY BEHEADED. Ca c’est pour la musique du groupe, après dans nos goûts personnels c’est très varié. Stéphanie et moi écoutons à peu près les mêmes choses et adorons beaucoup de groupes très techniques et fleurtant parfois avec le jazz comme CYNIC, ATHEIST, WATCHTOWER, DEATH, MARTYR, NECROPHAGIST, DILLINGER ESCAPE PLAN ou NAKED CITY. Personnellement, j’ai commencé par le Hard Rock (AC/DC, SCORPIONS) ensuite, je me suis mis au Heavy Metal (IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST) et puis il y a eu le thrash et tout ce qui s’ensuit mais j’écoute des choses allant du Hard FM au Brutal Death. Du fait de son plus jeune âge, Freddy est plus branché MESHUGGAH alors que Fabien écoute du Death Brutal ou du Black et notre batteur, lui, c’est LED ZEPPELIN et DEEP PURPLE. Donc tu vois, c’est très éclectique, mais l’élément qui nous réunit c’est le Power Thrash.
C’est d’ailleurs un élément très présent dans UNSAFE…
Oui c’est vrai, on ne donne pas dans le Thrash comme celui des années ’80.
Vous avez assuré des premières parties de groupes établis, comme NAPALM DEATH, NASUM ou NO RETURN, quel souvenir en gardez-vous ?
Déjà c’est très loin car cela fait 10 ans environ mais c’est vrai, on a joué trois fois avec NO RETURN qui est une véritable machine de guerre sur scene.. On a également fait la première partie de MASS HYSTERIA à 3 reprises. Pour NAPALM DEATH et NASUM c’était dans le cadre d’un festival avec 10 groupes à l’affiche donc c’est différent.
Des anecdotes ?
Et bien pas trop pour NAPALM DEATH puisque, s’agissant d’un festival, chacun est un peu resté dans son coin par contre dernièrement on a joué avec TEXTURES et là c’est un super souvenir car, déjà musicalement, c’est génial mais en plus, les gars, c’est des crèmes. Ils étaient sans cesse avec nous à discuter en faisant l’effort de parler français des fois, vraiment super les gars.
Avec qui aimeriez-vous tourner ?
Difficile de donner un nom en particulier, il y en a tellement…
Préférez-vous une affiche avec des groupes évoluant dans le même style que le votre ou bien une affiche plus variée ?
C’est vrai qu’une affiche avec des groupes dans le même style attire un public bien précis qui va rester supporter les groupes jusqu’au bout alors qu’avec les affiches éclectiques, les gens viennent voir un groupe en particulier et se barrent après. D’ailleurs, on le voit de plus en plus notamment avec les groupes régionaux qui viennent avec leurs potes et qui se barrent après sans voir les autres groupes. Je suis désolé mais quand je vais voir un concert, je m’intéresse à tous les groupes.
Cela fait 15 ans que vous êtes sur la scène, de quoi êtes-vous fiers ?
D’avoir tenu bon jusque là, parce que tu sais, les occasions de splitter n’ont pas manqué. On a vraiment connu des moments difficiles comme au début lorsque 3 musiciens sont partis en l’espace de 2 mois, on s’est retrouvé avec Stéphanie de nouveau seul ou encore tous les changements de chanteur qu’on a connu. Je suis vraiment content de ne pas avoir arrêté et de publier ce premier album que l’on attendait depuis longtemps ?
Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les 15 prochaines années ?
Et bien je ne sais pas si nous allons durer 10 ans de plus mais des albums et des concerts, c’est tout ce que je demande. De toute façon, nous avons un contrat de 2 albums donc j’espère que d’ici 2 ans nous aurons un nouvel album et pour les concerts, comme je te disais tout à l’heure, c’est de plus en plus dur.
Je te remercie d’avoir pris ton téléphone pour cette interview, un dernier mot ?
Non je te remercie, c’était sympa, juste que du monde vienne sur le site de Heavy Sound.
Propos recueillis par Aymerick "Painless"
Le 1er Fevrier 2009
Chronique "Manipulative Progress" ici
http://pagesperso-orange.fr/unsafe.metal
www.myspace.com/unsafemetal