Avec Objectif : Thunes, ULTRA VOMIT a franchit un palier qui lui a permis de sortir du petit cocon du Grind, cocon pas si douillet que le groupe laisse un peu derrière lui sans pour autant lui tourner le dos. Comme vous allez vite le comprendre ; ces gars là possèdent un humour communicatif très développé et, même si leur musique est basée sur l’humour, ils soignent tous les aspects de leur art, que ce soit les paroles ou la musique. Attention ce qui suit est très décousu et pas toujours compréhensible au premier, voir au deuxième degré. Lorsque j’arrive à la salle, le groupe est encore en balance, la faute à une crevaison dans la matinée, pourtant aucun stress, aucune précipitation, le groupe est serein. Pendant l’interview, Flochy et Stickskiller suivront d’un œil le score de Federer en demie finale de Roland Garros. Entretien avec les 4 membres du groupe.
Flochy (guitares): Salut, tu vas bien ?
Heavy Sound: Première question…
Stickskiller (batterie): C’est parti là ? Non mais c’est comme d’habitude les gars, on ne me prévient pas… J’arrive, je prends une bière. (s’adressant aux autres membres du groupe) Tu veux une bière ?
Flochy : Ouais, j’veux bien une bière, tu veux une bière ?

S’ensuit alors une discussion de sourd durant laquelle deux questions semblent ressortir, « tu veux une bière ? » et « tu vas bien ? ». Le ton est donné, je vais avoir beaucoup de mal à contrôler leur débit de parole.
H.S. : Comment se passe cette tournée ?
Stickskiller (les cannettes à la main) : tu vois là la tournée se passe bien (rire général)
Flochy : La tournée se passe très bien, il y a beaucoup de monde.
Fetus (voix, guitares) : Il y a du monde qui vient se faire entub…, qui vient à nos concerts.
Depuis quand êtes-vous sur la route ?
Flochy : Depuis un an, un an et demi (il demande confirmation auprès de la manager). On va dire que ça fait un bon an.
Fetus : Pour moi la date clef c’est à Angoulême, le 14 mars 2008.Stickskiller : La date clef c’était à La Serrure à Dijon.
Fetus : (à Stickskiller) toutes blagues sont enregistrées, celle là elle est dans la boite.
Flochy : Ca se passe plus que bien, c’est la vie rêvée des anges.
Fetus : On donne du bonheur aux gens, ils nous le rendent et nous donnent pas mal de pognon aussi.
Objectif : Thunes atteint alors ?
Fetus : Oui oui, mais non
Flochy : Le problème est que l’on tombe souvent en panne, encore ce matin, il y avait un truc qui fuyait et à cause d’un boulon récalcitrant on a mis une bonne heure et demie pour changer une roue et le boulon a récalcitré toute la matinée.
Le groupe repart alors dans un long monologue à trois voix simultanées.
Flochy : Vas-y si tu veux prendre la parole, on te la laisse un peu…
Merci, c’est sympa. Objectif : Thunes est sorti chez Listenable, ce qui représente un grand pas en avant pour ULTRA VOMIT et je pense surtout à l’aspect distribution.
Fetus : Le premier album, la distribution était confidentielle… J’aime bien les groupes sur le déclin qui disent « ouais c’était une sortie confidentielle, c’était ciblé ? »
Flochy : C’est comme une promotion c’est vrai, mais dans l’esprit de faire grossir le truc c’était une étape nécessaire.
Comment avez-vous signé avec Listenable ?
Flochy : Avec un stylo, je pense…
Fetus : Moi c’était oral, j’ai dit « c’est bon je signe ».
Flochy : On a démarché les labels avec notre enregistrement…
Fetus : Et là il y a eu un déclic de malade, il y a eu une fuite par rapport à un label digital avec lequel on avait signé mais qui a sorti l’album sans nous avertir que c’était fait, et les chiffres de vente ont été très bons de suite sans promo ni annonce de sortie et du coup ça a intéressé certains labels dont Listenable Records qui nous a contacté de visu et illico presto en nous encensant, ce à quoi nous avons répondu : « tu as raison de nous encenser puisque c’est super bien ».

Le groupe s’est professionnalisé par la même occasion, vous retenez-vous en dehors de la scène pour vous concentrer sur certains aspects auxquels vous ne prêtiez pas attention auparavant ce qui fait que sur scène, vous êtes encore plus remontés ?
Flochy : Ben tu vois là, on change les cordes, avant on ne le faisait pas…
Fetus : C’est vrai qu’il y a des habitudes qui ont été prises, par exemple, tu vois là, on boit une bière, avant ça ne se faisait pas. Et je vais te dire un truc, là on fait une interview et avant ça ne se faisait pas. (rire général)
Flochy : On a apporté plein de petites choses à nos concerts, de la lumière, de la vidéo que vous n’aurez pas ce soir parce que techniquement ce n’est pas possible et puis on s’est dit que Vitry Le François, ce n’était pas un concert important.
Faites-vous évoluer vos setlists, en un an de tournée, je pense que le contenu de celle-ci a dù bien changer ?
Stickskiller : Tu parles du premier concert d’ULTRA VOMIT, c’est sûr on jouait "Bouteille De Coca A Moitié Vide" mais on l’a laissé tomber.
Fetus : Ah ouais, je ne m’en rappelais plus ! Non j’ai encore en archive les premiers concerts de la tournée et c’est vrai que ça a pas mal évolué. Quand tu penses que "Bouteille De Coca A Moitié Vide" a failli se retrouver sur Kebabized At Birth et puis on s’est dit : « non, elle est quand même dure celle là » alors que, finalement, elle n’était pas pire que les autres en fait.
Flochy : Ce n’est pas forcément des changements perceptibles pour le public car c’est souvent l’ordre des titres qui changent pour jouer sur l’enchainement et le rythme du concert. Aujourd’hui, ça nous va comme ça mais si tu reviens dans 15 jours et que la veille on a trouvé la setlist moyenne, on changera tout.
Au niveau de la composition, partez-vous généralement d’un délire ou de la musique ?
Stickskiller : Fetus fait tout chez lui et il nous ramène les titres sur Guitare Pro, voilà !
Pour "Maïté Ravendark" par exemple ?
Fetus : Oh là, "Maïté Ravendark" c’est parti d’une réflexion, on trouvait que ça ferait bien d’avoir un titre de Black écolier ou culinaire.
Stickskiller : Je ne sais pas si tu te souviens mais une fois, en répétition, on a déliré sur un riff True Black et le magnéto tournait. En le réécoutant, on s’est bien poilé avec les tests de voix et le magnéto était tellement pourri qu’on aurait cru entendre les premières démos de BURZUM et là on s’est dit que le Black Metal était une imposture (rire général). Mais il y a des concepts qui restent en plan longtemps mais on s’en fout, le principal étant de faire un bon titre et celui-là a pris 5 ans. Par contre "Mountains Of Math" a été relativement vite.
Flochy : Moi j’ai lu une vieille discussion MSN et j’ai rien pigé.
Fetus : Oui au départ, c’est parti d’une discussion MSN que l’on avait imprimé.
Flochy : Et je me suis dit : « c’est quoi ça Mountains Of Math », ce n’est même pas drôle, je ne connais pas ça moi, elle est où la référence ?
Stickskiller : Non mais ne t’inquiète pas, à l’époque on se foutait de ce que tu pensais. Enfin, autant pour moi, je dis « à l’époque » mais c’est toujours le cas.
Fetus : Mais on a aussi plein d’exemples comme "Morbid Cocker" ou "I Like To Vomit" qui sont partis d’un riff. "Pour Un Mosh" aussi et quand tu le joues, tu te dis que ça ressemble à tel ou tel titre sauf qu’avec le gros son, ça ressemble à du MORBID ANGEL ou à du Hardcore.
D’où vient "Quand J’étais Petit" car l’imitation est plutôt réussie ?
Et bien du fait que j’imite Lemmy, justement. En fait, je cherchais des comptines et je me suis dit que ce serait bien de faire chanter une comptine par Lemmy, il y a eu une version avec "Il Court, Il Court Le Furet", il y a des daubes (il imite Lemmy en chantonnant la chanson), et puis j’ai trouvé "Quand J’étais Petit" avec ce ‘i’ qui me plaisait bien. Je me le suis imaginé tout petit en train d’envoyer chier tout le monde et j’ai trouvé ça énorme.
Pas tentés de lui envoyer ?
Je crois qu’il en a entendu parler par un de ses roadies quand on a joué au Hellfest et il a mis un contrat sur nous.
Flochy : Mais là on explique que des fois ça vient d’un riff, des fois d’un concept, il faut dire que ça vient surtout du fait qu’on est doués. Il ne faut pas oublier le vrai débat, c’est le talent…Stickskiller : (en montrant du doigt son talon) oui c’est le talent !
Flochy : C’était une blague visuelle là, j’explique un peu pour l’enregistrement.
Objectif : Thunes touchent tous les styles de Metal…
Fetus : Grave ! C’est du grave Metal, carrément grave trop quoi ! Je n’aime pas cette expression « grave », c’est ridicule. C’était le coup de gueule d’ULTRA VOMIT.
Quels sont vos groupes de chevet ?
Stickskiller : Moi j’ai des lampes de métal que j’écoute sur ma table de chevet… non mais cela va des BEATTLES à MORBID ANGEL. Moi j’ai lu une interview de Trey de MORBID ANGEL et il disait qu’il avait eu une révélation en écoutant "Oh Gladi Oh Glada", il a enregistré Altars Of Madness juste derrière. (rire général)
Qui peut raconter un peu l’histoire d’ULTRA VOMIT ? Comment ce groupe est-il né ?
Stickskiller : Au début il y avait une matière avec du vide autour et il y a environ 300 milliards d’années, on s’est réveillé, on a fait le big bang. A partir de là, on a attendu un petit peu car au réveil il ne faut pas nous faire chier, on a attendu 200 milliards d’années et après on a créé la Terre parce qu’on s’est demandé où on allait pouvoir jouer. Après on a attendu encore 200 millions d’années à cause des dinosaures, ils étaient plus Hip-Hop, donc du coup, on les a exterminé et au temps de l’inquisition on a décidé d’enregistrer la première démo parce qu’il était temps de se bouger quand même. Plein de gens pensent que les dinosaures sont morts à cause d’une météorite mais non c’est Fetus qui a accordé sa corde et puis…ils sont morts (rire général).
Vous avez sorti 2 albums mais au niveau du line-up, comment a-t-il évolué ?
Stickskiller : On peut dire que le groupe s’est réellement formé lorsque je suis arrivé car avant c’était Fetus et un pote à lui qui déliraient. Ensuite on s’est retrouvé tous les 2 et avons composé ce qu’il est bon d’appeler les premiers titres. Mais pour enregistrer les démos, il nous manquait un bassiste alors on a fait appel à un pote guitariste. On a continué comme ça jusqu’au moment où il y a eu une couille du genre le mec il fait chier, donc on l’a viré, voilà comme ça c’est dit. S’en est suivi le défilé des bassistes jusqu’à ce que Flochy arrive à la basse. On est resté comme ça, on a composé et enregistré Objectif : Thunes mais étant donné que Flochy avait jouait plein de partie de guitare sur l’album, on trouvait dommage de ne pas en avoir autant sur scène.
Flochy : En fait je suis doué dans tous les domaines.
Stickskiller : Du coup on a prit un autre bassiste, au début on avait les boules car on ne voulait pas être 4 alors on avait pris un tout petit. Mais lui, carrément, il s’est barré, pas assez de thunes, on a bien senti qu’il n’était pas passionné par la musique mais par les thunes…
Fetus : C’est une vanne Gru, on t’aime.
Stickskiller : Non il a du arrêter car il avait des factures à payer alors que pour nous moins puisque la moitié du groupe est encore chez ses parents, un quart qui est chez sa femme et le deuxième quart qui est chez sa femme aussi. Donc on a pris Jacou et on est quatre et demi car il possède une légère surcharge pondérale.
Fetus : Voilà un peu l’histoire du line-up, beaucoup de gens disent que l’on vire nos bassistes mais ce n’est qu’une rumeur.
Flochy : Sauf pour Jacou qui sera effectivement viré !
Stickskiller : Ben oui, c’est tentant ! A force de dire n’importe quoi sur nous, on a envie de leur donner raison.

Comment s’est passé l’intégration ?
Stickskiller : Moi j’ai envie de dire que ce n’est pas forcément évident.
Jacou : Il faut se taire et jouer.
Stickskiller : Et bien pourquoi tu n’arrives pas à faire ni l’un ni l’autre ?
Flochy : Non ce n’est pas évident. En tout cas, personnellement, je ne fais aucun effort, je m’en branle de ce mec !
Où en êtes-vous sur le prochain album ?
Flochy : On a encore pas mal de boulot mais on prend notre temps. On en parle de temps en temps…
Stickskiller : Oui on en parle de temps en temps, des fois on se dit : « Putain, toujours pas d’idée les gars ? »
Flochy : On a quelques idées mais tu comprendras qu’il faut garder une part de mystère. (il joue un peu de guitare en même temps)
Fetus : Tu vois là il joue un nouveau titre par exemple.
Stickskiller : On ne va pas se presser pour sortir une bouse. Objectif : Thunes, on en est encore très content, mais on se dit aussi qu’il y a des titres qui ont mis 5 ans à murir et si c’est nécessaire, on prendra le temps qu’il faut. On a adopté une identité avec cet album que l’on ne veut pas perdre.
Fetus : On souhaite éviter le côté groupe qui n’a pas de thunes et qui doit sortir un album. Le côté systématique de la chose, on le sort une fois qu’on le pense terminé.
Stickskiller : Il y a beaucoup de groupes que j’ai adoré au début et qui à cause de cette routine, j’ai fini par lacher. CHILDREN OF BODOM, j’ai trouvé cela pourri à partir du troisième album car ils faisaient tout le temps la même chose.
Flochy : Moi je peux te dire que CRADLE OF FILTH sortant un album tous les ans, ce n’est pas ce qui leur faut.
Fetus : Ben oui regarde AC/DC, ils sortent un album tous les ans…ah ben non !
Vous avez fait une vidéo pour "Je Collectionne Les Canards (Vivants)", quelle était l’ambiance sur le tournage ?
Stickskiller : Ca peut être bien quand tu es bien entouré mais là ce n’était pas le cas, on a fait ça entre nous. C’est Gru d’ailleurs qui a tout géré, et bien géré, mais le fait que ce soit lui, on était entre potes et c’était un peu le bordel.
Flochy : C’était dans mon jardin avec 20 ou 30 personnes, 4 canards qui se baladaient, je ne peux pas dire que j’ai apprécié, j’étais content lorsqu’ils se sont barrés.
Fetus : Certaines scènes nous ont bien fait marrer, c’est sûr, lorsque je suis en slip etc. Mais le plus souvent, on n’avait pas le temps et on sentait qu’il fallait que l’on se grouille.
Est-ce que vous vous autocensurez des fois ?
Stickskiller : Pour le clip, on voulait faire un canard faisant un salut nazi mais on s’est ravisé, on s’est dit que ce n’était pas possible.
Flochy : Franchement, j’avoue que des fois on plaisante sur des sujets limites mais cela reste entre nous, tout le monde le fait mais on n’a pas envie de l’afficher.
Fetus : Si musicalement, ça colle bien avec les textes et que l’on juge que le décalage est facilement perceptible, alors on y va.
"Je Ne T’es Jamait Autans Aimer" aborde la nécrophilie, sujet assez commun dans le Grind, alors que "Je Possède Un Cousin" aborde la pédophilie, sujet moins conventionnel et moins facile à appréhender.
Fetus : Mais on a déjà essayé des choses plus Trash mais on avait l’impression de passer à côté du truc. Sur "…Cousin" l’intérêt, c’est de mettre ces paroles sur une musique joyeuse, je fais toujours référence à cette publicité où on voit une famille qui chante "I Want To Fuck You In The Ass" sans savoir ce qu’ils chantent, du coup c’est ça le but, faire chanter le public sur ces paroles et à la fin qu’ils ne sachent plus ce qu’ils disent.
Stickskiller : D’ailleurs "…Cousin" est passé à N’Oubliez Pas Les Paroles avec Nagui, il y avait 5 mots à trouver… Non je voulais rajouter que l’on va bientôt sortir un court métrage d’un quart d’heure qui sera disponible sur le portail Orange, ce sera cool, je pense. De toute façon, au bout de la rue, vous ne pouvez pas le louper, il y a un pur portail orange, vous sonnez et vous entrez.

Merci beaucoup, vous avez été bien bavards mais avez-vous encore quelque chose à ajouter ?
Flochy : Je n’ai aucune envie de parler.
Stickskiller : Moi je peux vous faire un solo de genoux si vous voulez (il tape sur ces genoux)
Flochy : Ah vous voyez que sur scène, ce n’est pas des effets ! Salut ! Tu vas bien ?
Encore un grand merci à Sarah et aux 4 membres d’ULTRA VOMIT pour leur accueil et leur disponibilité, ainsi qu’à l’équipe de l’Orange Bleue pour ce même accueil. Définitivement un groupe attachant avec les pieds bien collés sur le sol.
Propos recueillis par Aymerick "Painless"
Interview réalisée le 5 Juin 2009 à L'Orange Bleue - Vitry Le François