avec Samuel BOURREAU (voix) et Adrien GROUSSET (guitares)
On vous l’a dit et répété, Lazarus, le troisième album d’HACRIDE est une pépite qu’il vous faut découvrir, un album sur lequel le quatuor se lâche véritablement allant même jusqu’à s’y perdre comme nous l’explique le chanteur Sam, fatigué par un concert au METAL RIDE 2 où l’accueil du public a été plus que chaleureux. Je pénètre dans les loges du groupe Poitevin qu’il partage avec COMO MUERTOS, une cohabitation dans le sang et la bonne humeur…
Tout d’abord, comment as-tu trouvé l’accueil du public de Nancy ce soir ?
Sam : Le public a été très présent et ça fait du bien car on en a besoin, on a besoin de sentir que les gens apprécient ce que l’on fait.
Et de manière plus générale, comment se passe la tournée ?
C’est une tournée un peu particulière car on ne tourne que sur les week-ends pour le moment, en attendant une véritable tournée qui devrait arriver un peu plus tard. Pour être franc, il y a des bonnes soirées comme ce soir et il y a des soirées beaucoup moins bonnes, mais c’est la vie de tous les groupes.
Une affiche éclectique comme ce soir vous va plutôt bien…
Oui, tout à fait, il y a du brutal, des choses plus mélodiques. On a eu une fâcheuse tendance à tourner avec des groupes de brutal comme DYING FETUS, que l’on apprécie énormément, mais il nous faut de l’ouverture de la part du public pour qu’il puisse apprécier autant les passages brutaux que les passages calmes.
Adrien GROUSSET nous rejoint à ce moment là
Adrien, on parlait de la tournée actuelle et de l’accueil de ce soir…
Adrien : On est très content de l’accueil de ce soir, c’est sur.
Sam : On disait que la tournée actuelle ne se faisait que sur les week-ends et que l’on n’avait pas 1 200 personnes tous les soirs. Mais attention, de manière générale, ça se passe bien, l’accueil sur le dernier album est très bon.
Par contre, est-ce que vous réussissez à tourner en tête d’affiche ou bien vous vous greffez en première partie ?
Adrien : Majoritairement, on est en tête d’affiche en France…
Sam : Quoique nous avons été en Angleterre ou aux Pays-Bas et c’était aussi le cas…
Adrien : En fait je crois qu’il y a un déficit de tête d’affiche en France, non pas que l’on nous traite par défaut, c’est difficile de trouver des têtes d’affiche fédératrices, qui remplit une salle avec certitude.Sam : Mais le public Metal est un public très difficile à capter, c’est un style de musique pratiquement pas diffusé et c’est aussi dur pour les groupes que pour les organisateurs qui des fois se cassent les dents.
HACRIDE joue aussi bien en club que sur des évènements plus gros, on se rappelle du HELLFEST, mais ce qui m’a marqué c’est votre présence à l’affiche du prestigieux HOLE IN THE SKY en Norvège, on connait le côté sélectif de la programmation du festival, comment ça s’est passé ?
Adrien : En plus on a aussi fait le GRASPOP, donc on s’est offert quelques gros festivals avec le Portugal (ndlr CAOS EMERGENTE FESTIVAL) également et le HOLE IN THE SKY en Norvège. Pour nous c’était une date très importante, c’était une opportunité qu’on ne pouvait pas refuser.
Sam : Ce n’était qu’une journée, on nous a dit : « vous allez là-bas que pour une date ! » mais c’est un festival mythique…
Adrien : Disons qu’au HOLE IN THE SKY, on était les invités de l’organisation et on jouait juste avant la tête d’affiche donc ça fait bizarre tout de même…
Entre deux dates de concert, à quoi ressemble la vie d’un membre d’HACRIDE ?
Sam : Ca travaille… on a la chance de pouvoir avoir un travail où on peut se dégager du temps pour le groupe. C’est certain que l’on ne vit pas de notre musique et en France, les groupes de Metal qui en vivent se compte sur les doigts d’une main. On s’en rend compte lorsque l’on tourne, si on était né dans un autre pays, on ne serait pas dans cette situation mais c’est paradoxal car la France offre des possibilités, avec l’intermittence par exemple, on s’écarte un peu du sujet mais il existe un apriori des gens par rapport à la scène Metal, même si c’est moins flagrant dans votre région, dans l’Est, car vous êtes proche de la Belgique ou de la Hollande, mais tout cela nous oblige à fournir encore plus d’effort pour sortir du lot…
Adrien : Ce n’est pas une critique envers la France mais il y a les organisateurs, les scènes subventionnées, lorsque l’on va à l’étranger on est accueilli comme des rois alors qu’en France, parfois, on est des merdes. Pourtant, il y a un public qui existe, des gens qui veulent vous faire jouer et il manque un lien derrière pour que tout se passe bien.
Sam : Lorsque tu dis que tu fais de la musique et que tu précises que c’est du Metal, les gens prennent ça pour un passe-temps!
On va revenir un petit peu sur le dernier album, Lazarus, l’équipe de HEAVY SOUND a beaucoup apprécié ce dernier, et ce qui marque c’est cette évolution, tant sur scène que sur album d’ailleurs, et pourtant, il y a toujours ce parallèle avec GOJIRA, est-ce un poids ou une bonne chose ?
Un poids ! (sans hésitation) GOJIRA c’est GOJIRA, ils n’en sont pas où on en est et inversement. Ca nous pèse mais pas dans le sens où on ne les aime pas, bien au contraire, mais encore une fois, la France a tendance à comparer à des choses existantes, à prendre des raccourcis.
Adrien : Depuis 3 ou 4 ans, on entend que GOJIRA a ouvert une brèche pour la scène Française mais non, GOJIRA a ouvert une brèche pour lui, parce qu’ils sont bons et qu’ils auraient été Suédois ou Américains, ça aurait été pareil, car ils ont sortis des albums mortels et qu’ils ont énormément bossé. Nous on a réussi à faire quelques dates à l’étranger car on a cravaché et assimiler tous les groupes Français comme MISTAKEN ELEMENT, KLONE ou TREPALIUM à du GOJIRA est très vexant lorsqu’en France, lors des interviews, on a 10 questions sur 15 pour GOJIRA tu te demandes si le gars s’intéresse à notre musique.
Sam : En fait GOJIRA s’est énormément inspiré de nous ! (rires)
Adrien : Et on a refusé la première partie de METALLICA et du coup on leur a dit : « allez y les gars ! » (rires)
En l’espace de trois albums, la facette progressive de votre musique a pris de plus en plus de place. Présente sur le premier album mais peut être un peu moins assumé, vous êtes-vous plus lâchés sur le dernier ?
Sam : Disons que sur le premier album, elle apparaissait de manière différente, avec des structures barrées, des cassures, des solos qui sortent de nulle part.
Adrien : En fait c’est très bizarre de se dire que cet album est plus progressif ou pas…

Peut-être n’osiez-vous pas certaines choses, vous mettiez-vous quelques barrières inconsciemment ?
Je ne pense pas car justement le mot d’ordre dans HACRIDE est de ne pas se mettre de barrière, on va jusqu’au bout et sur le dernier album on a décidé de débuter par un titre de 15 minutes, si les gens ne nous suivent pas c’est qu’ils n’ont pas réussi à entrer dans notre univers, on a toujours assumé notre musique à 300%. Mais cette notion de Progressif a toujours été importante dans le groupe car on a toujours cherché à avancer, à progresser. Notre but est de ne jamais reproduire ce que l’on a déjà fait.
Sam : Et puis assumer nos influences, on écoute tous de tout et on ne se voit pas faire uniquement des morceaux de 3 ou 4 minutes uniquement brutaux et c’est là la richesse du Metal, cette capacité à piocher un peu partout pour passer de TOOL à BEHEMOTH.
Justement, on parle de TOOL et pour moi c’est vraiment le groupe qui a marqué la scène progressive, sa réussite dans les sphères Metal autant que dans des sphères plus mainstream est-elle un exemple pour vous ?
Adrien : Tout à fait et c’est rassurant de voir qu’il n’existe pas que le format RAP / R’N’B, qu’un groupe qui propose des titres totalement barrés et vraiment complets réunissent autant de monde, finalement les gens sont intelligents ! (rires)
Sam : C’est encourageant car on ne fait pas ça pour une minorité, notre but est de toucher un maximum de personnes et le succès d’un groupe comme TOOL prouve que l’on peut aller plus loin que couplet/refrain sur 3 minutes. Ca n’enlève pas la qualité des groupes qui proposent ce format mais il faut une alternative.
Adrien : Pour moi, un titre vraiment marquant, c’est le "Bohemian Rhapsody" de QUEEN qui passe toujours en radio, avec 7 minutes au compteur et le morceau passe en entier.
Sam : Alors que pour nous, on a quelques problèmes pour les morceaux promotionnels, on nous demande régulièrement d’en faire une version plus courte alors on coupe le titre au bout d’un moment en montrant bien que le morceau n’est pas entier, il faut sortir de ce format, un titre comme "To Walk Among Them" qui dure 15 minutes ne peut pas être résumé, ce n’est plus du HACRIDE.
Adrien : C’est comme si tu coupais un tableau en 4 et que tu n’en présentais qu’un quart en disant voilà le tableau c’est ça !
Une édition vinyle de Lazarus est sortie très récemment, était-ce l’occasion ou une édition qui vous tenait à cœur ?
Je ne sais pas si elle est déjà sortie mais sinon ça devrait bientôt être fait et dans l’ère que l’on vit où le CD est complètement dématérialisé, le vinyle reste une valeur sure. Je suis très content que l’on puisse sortir cet album en vinyle car même en matière de son, c’est quelque chose de spécial.
Adrien : Il faut dire également que le vinyle ne sort pas chez LISTENABLE RECORDS, il sort chez un nouveau label de Poitiers, des potes à nous, qui voulaient se lancer et on leur a proposé le vinyle de Lazarus. On sort le vinyle en édition limitée et en plus on aide nos potes, on trouve cela super.
Est-ce que vous êtes du genre collectionneur en tant que fan ?
Non pas vraiment…
Sam : J’aimerais acheter tous les vinyles qui me plaisent mais si je fais ça, j’ai plus un radis ! (rires)

Avec le recul de la scène, quel élément de Lazarus aimeriez-vous garder pour le prochain album ?
Question difficile… je dirais que cet album nous correspond plus que les 2 autres, on a assumé plus de chose et on s’y est perdu même. Pour te dire, au fur et à mesure de l’enregistrement, on se disait : « mais ce n’est pas possible, cet album va être une merde ! ». Et en fait, en réécoutant l’album, on s’est pris une méchante baffe et moi le premier en l’écoutant au casque, je me suis vraiment senti fier de ce que l’on avait accompli.
Adrien : Et puis on est fier d’être une équipe aussi, il y a notre ingénieur du son qui est là depuis le début…
Et au contraire quelque chose que vous ne voulez pas renouvelé ?
En fait à chaque album, c’est très douloureux car on se prend le bec, on compose pendant un an environ donc on se prend le bec sur la musique ensuite sur la voix et enfin sur la production. Le problème est qu’on est tellement perfectionnistes que chacun défend ses idées et ne lâche pas facilement. A chaque fois on se dit que c’était un peu tendu et que l’on ne veut plus de ça mais on sait très bien que ce le sera tout de même.
Sam : Tu sais, à un moment on était tellement perdu que lorsque tu évoques un sujet et que tout le monde baisse les yeux en soufflant, tu te dis : « merde les gars, on fait quoi maintenant, on va où ? »
Pour finir, quel album selon vous, caractérise votre adolescence ?
Adrien : A Night At The Opera (QUEEN) et Nevermind (NIRVANA), désolé ça fait 2!Sam: Ouais moi je dirais Nevermind aussi ou In Utero (NIRVANA).
Et celui qui caractérise la maturité, celui que vous n’auriez pas écouté avant et que vous écouté maintenant ?
Pour moi, il y a un groupe dont je me demande comment j’ai pu passer à côté, c’est ALICE IN CHAINS, sur le dernier album, je suis resté sur le cul, il y a tellement de bonnes choses à creuser…
Propos recueillis par Aymerick "Painless"
Photos : Aymerick sauf Groupe : DR
Site Web:
http://www.hacride.com
http://www.myspace.com/hacridev2
Chronique:
Lazarus