SUNN O))) + EAGLE TWIN + HIM & IKUKO HARADA
Le 29 janvier 2010 à REIMS – La Cartonnerie
Curiosités ce soir à Reims, déjà par la programmation qui voit réunis un groupe de Drone extrême et un groupe de Jazz/Rock Japonais, ensuite par le déroulement de la soirée puisque c’est dans deux salles que va avoir lieu la soirée. La perspective de voir SUNN O))) en concert en France est plutôt limitée alors lorsqu’en ce début d’année le groupe nous gratifie de 4 dates en France (Lille, Nantes, Reims et Poitiers) aucune hésitation possible, il faut assister à cet évènement et les conditions météoriques chaotiques dans la Meuse ne m’aident pas vraiment à rallier la Marne voisine et Reims, mais bon, la motivation étant très forte je pénètre dans la salle, la plus petite de La Cartonnerie où HIM a déjà débuté son set. Au menu du Jazz avec 2 guitares, une basse, un claviériste/chanteur et 2 batteries ! Bien que le style ne soit pas vraiment dans mes goûts, je dois admettre que l’heure offerte par le groupe est très plaisante notamment lorsque le chant est présent et encore plus lorsque pour les 4 derniers titres, la chanteuse Ikuko HARADA, vient apporter sa voix douce et ses pas de danse. Un bon moment qui aura durer plus d’une heure car c’est une des premières surprises de ce soir, le groupe de Jazz Japonais a eu droit a un temps de parole extrêmement long pour une première partie, cependant le reste de la soirée va se dérouler dans la grande salle à l’étage (avec une capacité d’environ 1 000 personnes mais garnie d’un centaine seulement), en fait il semblerait que ce soit bien deux affiches différentes pour le prix d’une seule entrée, bravo à l’organisation de la salle au passage car cette ouverture vers d’autres horizons est bienvenue, à découvrir sur le site d’un des 2 batteurs du groupe(www.myspace.com/dougscharin).

C’est au tour d’EAGLE TWIN de prendre possession de la scène avec un Sludge/Doom joué en duo, en effet la particularité du groupe tient dans cette capacité à fournir un son énorme (avec des basses très présentent) à 2, un batteur (ou un cogneur vu la force avec laquelle Tyler SMITH matraque son kit) et un guitariste, Gentry DENSLEY, à la voix écorchée vive. Pas ou très peu de trace de mélodies ici, quelques réminiscences Stoner se font entendre mais le contenu principal est clairement Sludge, les "Carry On" ou "Murder Of…" extraits du premier album du groupe, The Unkindness Of Crow paru en 2009 chez SOUTHERN LORD RECORDS, offrent un aperçu de ce qu’est le groupe qui pourrait être vu comme un CROWBAR extrémiste, les racines Blues sont indéniables dans la culture musicale du duo et c’est une méchante claque qui est donnée ce soir à l’assistance médusée. Le groupe utilise de longues plages musicales ou bruitistes durant lesquelles Gentry DENSLEY maltraite allègrement son instrument (dont une guitare transparente façon plexi glace) au son de basse énorme. Le groupe va jouer sans discontinuer durant environ 45 minutes, enchainant les morceaux sans temps morts maintenant le public suffocant en haleine. Tout simplement énorme et comme l’album est vendu 10€ au stand merchandising pour sa version CD et 18€ pour la version double vinyle 180 grammes, on ne peut que soutenir la cause dont pas mal de groupes feraient bien de s’inspirer concernant la vente de CD à bon prix lors des concerts. A découvrir absolument (www.myspace.com/eagletwin).


Après cela, on imagine la difficulté pour SUNN O))) de garder au moins au minimum la tension palpable durant le show d’EAGLE TWIN, la lumière s’éteint, une épaisse fumée a envahi toute la salle, et sera alimentée durant tout le show, une intro très religieuse est alors balancée dans la sono, SUNN O))) arrive et déjà l’ambiance est lourde. Les 2 guitaristes utilisent le même matériel qu’EAGLE TWIN à savoir une amplification et une distorsion outrancielles avec un boitier de commande permettant une musique bruitiste particulièrement forte en basses fréquences pour un rendu très extrême, une musique lente et bruitiste au rythme d’une note toutes les 30 secondes sur lesquelles viennent se greffer des effets électroniques lancés par Steeve MOORE qui accompagne le groupe sur les routes, relevés de quelques accélérations (tout est relatif !!!) bienvenue, pour un rendu apocalyptique et totalement déshumanisé. La difficulté à entrer dans le monde extrême de SUNN O))) est encore renforcée par l’enchainement des titres sans temps morts pour plus d’une heure d’un show intense et sombre où les lumières soignées, comme tout au long de la soirée, aux couleurs tantôt vertes, tantôt oranges ou blanches à l’aide d’un ou deux spots placés sur le côté de la scène et lorsqu’au bout de 10 minutes de notes lancinantes et bruitistes déboule sur scène un Attila CSIHAR (MAYHEM) vêtu d’une tunique à capuchon comme ses camarades, le cœur de la prestation de SUNN O))) peut alors commencer. Incantations, chants religieux, cris, voix parlée ou quelques passages en voix Black, le frontman offre une prestation totalement en phase avec la musique du groupe. La communication entre les musiciens est inhabituelles puisqu’Attila se voit notifier la fin d’un passage par une tape sur l’épaule ou les guitaristes levant la main avant de jouer une note, tous les mouvements sont lents et mesurés, même lorsque Steve MOORE sort son trombone c’est pour en sortir une longue note unique, une impression de jam se dégage de cet ensemble. Définitivement un groupe à part, Attila termine le show orné d’une couronne sur la tête et d’un linge sur le visage, bien entendu le monde dépeint par SUNN O))) est chaotique mais si vous avez l’occasion de les voir sur scène, allez-y sans hésiter, alors que la grande majorité des groupes se contentent du strict minimum syndicale sur scène, SUNN O))) propose un véritable spectacle auquel on adhère ou pas, les Américains étant annoncés au HELLFEST de juin prochain, cela semble être une bonne opportunité mais si la configuration salle semble plus appropriée à la musique déstructurée du groupe.
Une très bonne soirée durant laquelle des styles très peu exposés scéniquement ont eu un temps de parole enfin à la hauteur de notre attente. Après le show de SUNN O))), le duo d’EAGLE TWIN est toujours disponible et à l’écoute de son public, voilà une soirée qui nous sort brutalement de la morosité à laquelle la mode musicale actuelle nous plonge.
Textes et Photos par Aymerick "Painless"