ORPHANED LAND
THE ROAD TO OR SHALEM
CENTURY MEDIA

Le parcours de ce groupe Israélien a ouvert bien des voies pour des combos de tout un endroit du globe appelé le Moyen Orient. Mais attention, ORPHANED LAND ne l’entend pas de cette oreille, s’ils sont conscients du chemin parcouru, ils ne réclament aucunement quelconque statut, leur récompense est de pouvoir jouer leur musique sur toutes les scènes où ils peuvent aller et quand on pense que pendant 14 ans, jusqu’en 2005, le groupe ne se produira qu’en Israël ou sur des festivals en Turquie à quelques reprises, on se rend compte que ces gars là ne sont finalement bien dans leurs baskets que depuis peu. Alors lorsque le projet d’un DVD live arrive sur la table, il est entendu que cela doit se faire sur les terres du groupe où le public est chaud, très chaud si l’on en croit l’attitude des quelques milliers de personnes qui sont là pour l’enregistrement de The Road To Or Shalem. ORPHANED LAND ayant franchi un cap important, musicalement avec l’ambitieux Mabool en 2005, en production avec The Never Ending Way Of ORwarriOR qui a vu naitre une collaboration avec Steven WILSON, l’homme aux doigts d’or qui a su magnifier sans dénaturer la musique de ce groupe unique.
Le résultat est à la hauteur des ambitions du groupe, la qualité d’image et de son, le dynamisme avec lequel le montage a été fait est à souligner. L’image se brouille par exemple sur "Halo Dies" pour coller à la musique, nous avons alors droit à des courtes coupures d’écran de neige, des images de l’écran de fond de scène sont incrustées à l’image, des caméras embarquées sont installées sur les guitares, la basse, dans la grosse caisse, au dessus de la batterie et sur le pied de micro argenté customisé au nom du groupe et tout ceci est utilisé à bon escient pour un montage dynamique mais jamais dangereux pour les épileptiques. Ces caméras permettent à ceux qui ne le savaient encore pas que ces gars là ne sont pas des manchots et si Marty FRIEDMAN (ex-MEGADETH) s’est associé à Yossi SASSI (guitares) sur un album solo à venir, ce n’est pas un hasard, mais Uri ZELCHA (basse), Matti SZVATISKY (guitares) et Matan SHMUELY (batterie) ne sont pas en reste, dextérité, implication, envie tout est là pour donner le sourire au public. De plus, ORPHANED LAND est accompagné pour l’occasion par un percussionniste et deux musiciens folk, un avec le bouzouki et l’autre à la flûte, Yossi SASSI assure énormément de partie de chant, et avec ses parties de guitare je vous assure que c’est une performance, et Matan SHMUELY seconde Kobi FAHRI lorsque plusieurs pistes de chant, l’une claire, l’autre plus Death, entrent en action comme sur "Ocean Land". Enfin, il a ce Kobi FAHRI qui passe de voix Death, à une voix claire puis à une voix plus Folk en une seconde et si ce gars ne bouge pas énormément sur scène, il se met le public dans la poche d’abord avec la justesse de son chant, ses mots entre les titres, le sourire à chaque instant ou des petites attentions comme lorsqu’il fend la foule tel Johnny HALLYDAY pendant "From Broken Vessels" tout en continuant de chanter et à danser avec le public sur les moments Folk de ce titre. La façon dont le groupe se retire à la fin d’"In Thy Never Ending Way" est très réussie, tout le groupe se fige alors que le piano joue cette mélodie et chaque musicien sort de scène lorsque la lumière se fixe sur lui. Le groupe propose alors des rappels, eux aussi particuliers puisque c’est Steven WILSON seul avec sa guitare acoustique qui revient sur un tabouret pour interpréter le classique "The Beloveds Cry" dont il explique qu’il a changé les paroles pour que l’anglais soit juste et tout ça avec un sourire complice. C’est alors le public qui assure les backing vocals sur le refrain, un moment magique que peu de groupes peuvent offrir car peu obtiendrait autant d’attention de la part d’un aussi grand bonhomme. Ensuite, c’est une version prenante de "Norra El Norra" qui est balancée où le groupe est en totale communion avec son public toujours pas fatigué et qui en réclame encore et encore. Tout ceci devient une joyeuse fiesta improvisée sur l’ultime "Ornaments Of Gold" qui conclut un set absolument parfait.
Niveau setlist, aucun album n’est épargné, il faut dire qu’il n’y en a pas beaucoup et que le groupe nous balance tout de même 1h52 de musique (pour le premier DVD uniquement). Les titres du dernier album passent incroyablement bien sur scène comme "Sapari" ou "The Warrior" et surtout aucun moment faible, plus calme certes et fort heureusement, nous avons droit à "M I ?" chanté avec Steven WILSON qui fait un peu la plante au milieu de la scène mais lorsqu’il se met à chanter, on ne retient que le clin d’œil sympathique de ce gentleman envers ORPHANED LAND, un groupe que l’Anglais respecte énormément. Kobi introduit ce titre en revenant en djellaba et en lançant « If I am Jesus, this is God » en pointant du doigt Steven WILSON. On remarque d’ailleurs combien le groupe est proche d’un PORCUPINE TREE dans ses structures et d’un OPETH dans son métissage des genres mais tient à garder son identité musicale absolument unique, à aujourd’hui très peu ont réussi à aussi bien mélanger la musique Moyen Orientale avec le côté rude du Metal et parfois du Death Metal. Désormais c’est certain, le groupe a véritablement franchi un palier qui pourrait le mener loin, très loin, s’il ne se perd pas en route.
Mais étant donné que ce DVD est une fête, nous avons aussi droit à une deuxième galette avec "Bakapaim" en duo avec Yehuda POLIKER, un chanteur Israélien qu’ORPHANED LAND vénère puisque le nom du groupe est tiré de l’une de ses chansons, le sublime "Seasons Unite" ou "Thee By The Father I Pray". Alors même si ces morceaux donnent l’effet de chutes, ils faisaient originellement partie du concert enregistré en décembre 2010, pourquoi avoir revu l’ordre des titres ainsi, mystères mais ce n’est pas grave, l’essentiel est ailleurs. Dans la liste des bonus, nous avons une interview de plusieurs membres du groupe qui réunit aussi de vieilles images inédites comme les images du premier concert sous le nom d’ORPHANED LAND en 1991, Yossi s’éclatant sur du ABBA, Steven WILSON avouant qu’il n’aime pas les premiers albums du groupe, le membre fantôme du groupe, des explications sur la période trouble qui a suivi El Norra Alila, un documentaire très intéressant qui permet de découvrir l’histoire de ce groupe dont le retour est en grande partie dû à ses fans comme nous l’explique Kobi. S’en suivent les vidéos de "Sapari", "Ocean Land", "Norra El Norra" et des photos, bref un double DVD gavé et sans remplissage gratuit, indispensable pour tous les fans du groupe.
Chronique par Aymerick "Painless"
Le 05/12/2011
