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           Entretien avec Ophelius (Chant, Guitare, Claviers) et Mass (Guitare)

                                  réalisé par mail le 16 novembre 2011.

 

 

De retour après 10 années de silence, les Anglais d’EBONYLAKE nous dévoilent un visage plus expérimental que jamais. In Swathes Of Brooding Light, le nouvel album du duo est également l’occasion pour le groupe de proposer à une plus grande échelle, sa démo As Ghosts We Dance In Thrashing Seas qui date de 1997 et jusqu’ici restait confidentielle. Voilà l’occasion de faire le point avec les 2 têtes pensantes du groupe sur son présent et surtout son avenir qui pourrait bien passer par des concerts.

 

 

HEAVY SOUND : Peux-tu revenir sur les 10 années de silence d’EBONYLAKE ? Quelles ont été les raisons de ce silence et que s’est-il passé pour que vous vouliez revenir avec EBONYLAKE en 2009 ?

Nous avons quitté les rives sur un bateau fou, à un point de rupture total tant physiquement que psychologiquement. La secte que nous avions formé ensemble partait en lambeau de bien des manières, petit à petit nous sommes passés par-dessus bord et sommes tombés dans les mers que nous avions sous les pieds. Et là nous sommes restés sur le fond des océans comme certains diraient, une décennie… et seulement deux survivants sont remontés de l’obscurité. Quelque chose ou une sorte d’énergie positive nous a finalement rapprochés. Même si nous vivions des vies totalement séparés l’un de l’autre, et ne connaissant pas la mortelle existence de l’autre. Nous avions tous les deux les mêmes forces nous menant dans la même direction, que tout ceci n’était pas complet et que d’autres choses devaient être accomplie sous la bannière d’EBONYLAKE. C’est vraiment surréaliste la façon dont les choses se passent, une voix d’un autre temps ou lointaine qui vous choisit avec la fraîcheur du plus désolant crépuscule d’automne.

 

Aujourd’hui, le groupe semble n’être qu’un duo, peux-tu nous présenter le nouveau line-up pour le studio et pour le live ?

Tous les deux, Ophelius et Mass, sommes seuls responsables de cette cacophonie. Nous y jouons chaque note et nous partageons les devoirs musicaux quand nécessaire à travers les différents instruments. Toutefois, de nombreuses sorcières résidant dans les bois bordant les landes ont fait quelques incantations et chants de procession.

 

Avec votre nouvel album, In Swathes Of Brooding Light, on peut voir votre évolution car il y a la démo As Ghosts We Dance In Thrashing Seas jamais publiée auparavant et 6 nouveaux titres. Parlez nous de cette démo, saviez-vous que ces titres apparaitraient sur le nouvel album lorsque vous avez commencé à travailler dessus ?

A l’origine, nous n’avions pas dans l’idée d’ajouter la démo au nouveau matériel. Notre idée était que peut être un futur réenregistrement d’On The Eve Of The Grimly Inventive aurait certainement lieu en plus de cet enregistrement. Mais étant donné comment les choses se sont passées, nous avons eu beaucoup de problème de retard avec les sessions d’enregistrement, ce qui signifie que nous avons du cesser toutes idées créatives et nous concentrer uniquement sur les tâches de mixage et de production. La somme de musique que nous avions à enregistrer comme nouveau matériel était peut être un peu courte dans sa durée. Nous ne pouvions pas produire plus de chansons même si nous avions beaucoup d’idées à l’état de démo. Alors pour ajouter de la matière à l’ensemble, on devait faire d'une pierre deux coups. Les fans demandaient s’ils pouvaient avoir des copies de la démo de 1997 et plutôt que de ne proposer qu’un EP, nous avons combiné les deux.

 

Pourquoi n’avez-vous pas publié cette démo en 1997 ?

La démo a circulé mais peut être que dans un petit coin de l’Angleterre en 1997/1998. Et ces copies limitées n’ont été faites qu’en format cassette. Et si quelqu’un avait réussi à la faire circuler à travers le tape trading mourant en 1997, qui sait ? Nous ne l’avons jamais publié en grand nombre, elle était juste destiné aux gens pour qu’ils se fassent une idée de notre musique. Et peu de temps après nous avons signé avec CACOPHONOUS RECORDS et avons dû enregistrer un nouvel album complet.

 

"A Voice In The Piano" semble avoir une influence de MY DYING BRIDE, vous rappelez-vous dans quel état d’esprit vous étiez lorsque vous avez composé cette démo ?

Nous étions dans un état d’expérimentation total, il n’y avait tout simplement aucune limite sur ce que nous voulions faire et pour être honnête, il y avait si peu de Metal qui nous bottait à l’époque. Nos influences venaient alors de différentes sources comme la littérature, la peinture, le cinéma, l’opéra, la musique classique et classique contemporaine ajoutés aux albums de Metal expérimental, mais je ne me rappelle pas d’une influence de MY DYING BRIDE dans tout cela, même si nous apprécions quelques uns de leurs albums, nous étions très conscients du fait que nous ne voulions pas sonner comme n’importe quel groupe de Doom britannique typique que nous considérions comme rassis et pas vraiment sombre. Comme tous les jeunes groupes, nous étions farouchement créatifs et ne voulions aucune influence d’un autre groupe de la scène Metal. Bien évidemment, quelques unes ont inconsciemment filtré comme il est normal que cela se passe. Ce qui nous a le plus contraint était qu’Ophelius et Sighmon, notre ancien batteur, ont vécu pendant dix ans dans une vieille maison qui avait des activités paranormales et qui nous ont mené sur des chemins sombres et nous ont conduit d’une certaine manière à notre perte. En 1997-1998 nous menions une vie très erratique où nous étions dans une quête d’inspiration sans fin et qui a pratiquement coûté la vie à quelques membres. En l’espace d’un mois l’un d’entre nous a failli se noyer, un autre mourir d’un empoisonnement du sang et un autre presqu’écrasé. Nous avons essayé la table d’Ouija et sommes devenus très paranoïaques. Puis un jour, nous sommes sortis de notre monde pour aller dans le monde froid qui nous entoure, avec nos esprits désorientés et nous avons fait nos adieux.

 

Les six nouvelles chansons ont un esprit plus expérimental, est-ce ce que vous aviez en tête lorsque vous imaginiez ce nouvel album ou l’avez-vous découvert après avoir écrit la musique ?

Lorsque nous avons commencé à réécrire pour la première fois, c’est naturellement que les idées et les images se sont mises en place dans une forme musicale. Nous savions comment le monde d’EBONYLAKE devait sonner, ces projections ont simplement été transmises à travers nos êtres vers une autre dimension et un autre temps. La façon dont nous communiquons avec nous-mêmes, mais aussi avec les étrangers, est une expérience très intéressante. Toutefois, comme la peinture s’élabore lentement, les autres aspects de l’émotion et de la misère deviennent plus apparents et prennent une autre direction. Nous avons juste suivi le chemin et vu où il pouvait nous mener, soit dans un pré d’été glorieux magnifié par la beauté tranquille et la nature sauvage près de la berge, ou en cauchemar très hallucinogène où les tempêtes de mer violentes vous brisent et laissent votre piteux navire échoué sur le littoral.

 

"Licking At The Nesting’s Of Young Fledglings" est, selon moi, le titre le plus expérimental mais aussi le meilleur. Comment est né ce titre ?

Cette composition a été la dernière que nous ayons écrite spécialement pour cet album, le concept général est parti du point où vous avez le sentiment que vous avez consommé votre dernière dose d’opium, dit au revoir à ceux qui vous sont chers et que vous pataugez dans les marées et que vous ne les verrez plus jamais. C’est une des pataugeoires au loin mais ce qui vous attend de l’autre côté est une autre histoire… qui mérite d’être contée un autre jour. Comme tout autre pièce nous créons et cela évolue de façon naturelle pour nous, ou anormalement comme diraient certains.

 

 

 

"I Painted The Suicide Of Neptune" semble special, pouvez-vous nous dire de quoi parlent les paroles? Comment avez-vous travaillé sur les arrangements de ce titre, est-ce le résultat d’expérimentation ou aviez-vous ces parties en tête ?

C’est une combinaison de ce que nous avions en tête en partie et ce que nous avons expérimenté ensuite, nous ne structurons pas les morceaux d’une manière conventionnelle mais nous les laissons plutôt respirer et prendre leur propre existence. Notre travail a un lien visuel fort, une bande son d’un script non encore écrit et sans dévoiler trop de secret, on peut dire que c’est structuré comme la musique d’un film. Les paroles sont basées sur les sentiments d’une profonde dépression que nous avons ressentie après l’implosion d’EBONYLAKE et le sentiment d’être envoyé dans un monde dont nous sommes étrangers et dont nous avons du mal à donner un sens. Nous étions plus une société secrète qu’un groupe de bien des façons et nous nous sommes fermés au monde qui nous entoure et que nous avons doucement méprisé de plus en plus, alors les mots qui prenaient forme dans nos têtes ont été crachés et ont été assemblés tel un montage, si vous prêtez attention à la musique à certains endroits, cela peut presque donner une sorte de performance artistique. Alors plutôt que d’écrire une histoire du début à la fin, ce que nous avons fait avec "I Painted The Suicide Of Neptune" a été de prendre une ligne de mots et de la projeter sur un passage précis de la musique dont nous pensions qu’elle dépeignait parfaitement l’émotion de ces mots.

 

Quand avez-vous écrit ce nouvel album ? Avez-vous utilisé de vieilles idées ?Nous avons écrit l’album durant les deux dernières années mais les occasions où nous avons pu travailler ensemble physiquement étaient limitées. Dans ce laps de temps il a fallu que l’on mette en forme tout cela dans une forme qui nous convenait à tous les deux. Nous sommes convaincus que si à chaque fois nous avions travaillé ensemble sur ces nouveaux titres, cela aurait demandé 6 à 8 mois supplémentaire pour projeter les visions que nous avions en tête. Les vieilles idées ont été oubliées depuis longtemps, nous avions environ la moitié d’un album pour un successeur d’On The Eve If The Grimly Inventive, mais ces enregistrements ont été perdus à tout jamais dans le temps et l’esprit.

 

Il semble que vous ayez enregistré cet album entre 2009 et 2011, pourquoi aviez-vous besoin d’un temps aussi long pour faire cet album ?

Principalement pour des raisons d’engagements personnels et en partie pour des questions techniques qui ont ralentit le processus comme une espèce d’escargot parfois. Ayant remplacé la plupart de l’équipement que nous utilisions, la prochaine sortie devrait être beaucoup plus rapide.

 

In Swathes Of Brooding Light a été sorti par LADLO PRODUCTIONS, comment avez-vous rencontré ces gars ?

Par pure chance ou est-ce que ça pourrait être un sort ? Nous avons posté un message sur le site d’EBONYLAKE comme quoi nous étions prêts à sortir quelque chose de neuf dans un futur proche et que toutes personnes intéressées veuillent bien nous contacter. Nous avons eu quelques offres de différents labels, mais rien de concret jusqu’à ce que Gérald de LADLO n’entre en scène. Gérald a été catégorique, il voulait travailler avec nous et sortir le nouvel album, son enthousiasme et sa passion pour ce type de musique a beaucoup pesé par rapport aux autres. Et lorsque nous avons été d’accord pour travailler avec Gérald, il a été super sur tout ce qui concerne le groupe et la sortie du CD. Il investit visiblement énormément de son temps personnel dans son label et la promotion, donc nous n’avons rien d’autre que des éloges concernant LADLO. Lorsque nous nous rencontrerons enfin, nous boirons probablement une vaste quantité d’eau-de-vie et irons piller ensemble les villages français voisins.

 

Une question que vous avez dû entendre des milliers de fois, pensez-vous que vous allez sortir un autre album prochainement ?

Nous sommes actuellement dans la phase de méditation, de ritualisation de nouvelles idées se manifestant. Dès que les séances et l’inspiration dont nous avons besoin et que les fantômes auront parlé, nous pourrons commencer à enregistrer de nouveau. Les idées ont déjà été canalisées et créées au moment où nous parlons.

 

Pensez-vous que vous vous produirez sur scène prochainement ?

Nous avons longuement parlé de la possibilité de nous produire en live. Ce serait un gros projet à entreprendre actuellement, tout d’abord, réunir un line-up qui tient la route et capable de tolérer l’approche un peu folle de notre musique. Embaucher des musiciens de session ne serait pas une solution, si nous devions monter un groupe pour le live, ensuite il faudrait une impressionnante production faite d’êtres humains sur la même longueur d’onde que nous où ça ne pourra pas marcher. Donc, nous allons voir ce qui se passe avec le temps, comme tu le sais rien n’est jamais figé dans le marbre.

 

Que pensez-vous de l’évolution du business de la musique Metal pendant les 10 dernières années ? Que pensez-vous de l’évolution de la musique Metal ces 10 dernières années ? EBONYLAKE semble encore être avant-gardiste comparé aux autres groupes, qu’écoutez-vous actuellement ?

La musique Metal a évolué dans plusieurs directions et sous genres qu’il est plus difficile de cataloguer aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Plus de styles Progressifs et de prise de conscience sont peut être plus tolérés aujourd’hui mais je pense qu’internet a juste ouvert la boîte de Pandore pour ce qui est de la préférence musicale que vous pouvez avoir à n’importe quel moment. En ce moment des groupes comme THE DEVIL’S BLOOD, BLOOD CEREMONY, GHOST, PERRY BLAKE et ESBEN AND THE WITCH aiguisent notre palais.

 

Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs et pour vos fans Français ?

A nos fans Français, nous aimerions dire merci, comme votre belle ville de Paris nous a apporté beaucoup d’inspiration à travers les années, aussi pour avoir batifolé ivre en Dordogne, boire de l’Absinthe alors que le soleil se couche. Au reste des lecteurs, nous les invitons à s’immerger dans le lac et l’aspect violent, abstrait et surréaliste de notre travail. Gardez l’oreille tendue… un nouveau mouvement se réveille.

 

 

Propos recueillis par Aymerick "Painless"

 

 

Site Web

www.myspace.com/ebonylakeofficialuk

 

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In Swathes Of Brooding Light