Laurent : Exactement. C’est l’ancien groupe en fait. On ne fait plus du tout le même style... Au début, on a continué quelques temps sous le nom BLACK AGE mais vu qu’on avait entièrement refondu le groupe, on a décidé de changer de nom et de prendre un nouveau départ...

Votre premier album est sorti assez récemment. Quelles sont les premières réactions ?
Vianney : Plutôt bonnes en général : les chroniques, les commentaires...
Laurent : Après, ça dépend des styles de publics. Mais pratiquement à tous les concerts, il y a des gars qui viennent nous dire « c’est cool » ou « ça a bien déchiré » et ça nous fait super plaisir !
Laurent, tu parlais tout à l’heure de votre précédent bassiste qui a quitté le groupe. Apparemment, cela s’est fait en plein enregistrement...
Laurent : Oui. Bon, je ne vais pas m’étaler sur les détails car ça n’intéresse personne de toute façon...
Mathieu : Cela ne nous regarde pas !
Laurent : Oui, il traine au Fucking Blue Boy (éclat de rire général) !!! Bon, il avait commencé à enregistrer ses parties pour l’album mais, en cours de route, on a eu quelques soucis avec lui qui ont fait que nous nous sommes séparés. Nous ne voulions pas remettre à nouveau tout notre processus d’enregistrement le temps de trouver quelqu’un, donc je me suis chargé de la basse.
Vianney : C’est pour ça que ça sonne moins bien qu’en live (fou rire général) !!!
Comment gère-t-on ce genre de problème en plein enregistrement, avec notamment la donnée financière qui rentre en ligne de compte lorsque l’on s’autoproduit ?
Anthony : Ça s’est fait sur le tas, on a pris les décisions très vite en fait. On s’est demandé si on attendait d’avoir un nouveau bassiste qui enregistrerait ses parties. On s’est dit que nous ne pouvions pas reculer encore l’album. Donc Laurent s’est lancé dans cette aventure et je trouve que ça s’est bien passé.
Laurent : La difficulté, c’est que notre ancien bassiste était un excellent musicien. Il composait énormément de parties très mélodiques, du tapping, des trucs assez techniques. Il jouait aux doigts et je n’arrivais pas à le faire, donc j’ai joué au médiator. J’ai repris quelques-unes de ses parties, j’en ai recomposé d’autres, et j’ai surtout voulu garder notre « emprunte ». Dans notre style, la basse est très présente et fait partie du processus mélodique de nos compositions. Je ne voulais surtout pas faire un album où la basse fait du « zéro »...
On a d’ailleurs pu constater que la basse est assez présente en live...
Laurent : On essaie. Chez la majorité des groupes de thrash, EXODUS, KREATOR, SLAYER, la basse, tu ne l’entends presque pas… Nous, l’idée que l’on a du thrash, c’est que c’est mélodique, que ça envoie, et il ne faut rien délaisser. Comme on l’a dit, on avait un bassiste super talentueux, et on ne voulait pas complètement occulter cet aspect qui nous identifiait à notre échelle, dans le coin.
Vous faites actuellement une mini tournée qui s’appelle Disillusion Part II, on peut donc supposer qu’il y a eu une Part I (rires généraux – toute l’assistance ne peut que s’incliner devant tant de perspicacité de la part d’Aymerick) ! Comment se sont passées ces dates ?
Anthony : On a eu une quinzaine de dates...
Vianney : Parfois deux par semaine, le vendredi et le samedi soir...
Laurent : Entre fin février et début juin. Le truc, c’est que certains d’entre nous travaillent, d’autres font des études, donc on ne peut pas s’amuser à programmer une tournée lors de laquelle on joue chaque soir aux quatre coins de la France. Donc on a privilégié les week-ends. On a réussi à s’en sortir avec une bonne quinzaine de dates. On a joué dans des endroits qu’on n’avait jamais visités. On est sortis de notre coin...
Anthony : On essaie en tout cas.
Laurent : On a joué à Strasbourg, à Reims, en Belgique. On s’est bougés dans le grand Est de la France. On a fait des petites dates dans les bars, des scènes un peu plus importantes. On a notamment ouvert pour SUICIDAL ANGELS...
Vianney : Le Molodoï à Strasbourg aussi, pas mal comme salle !
Laurent : On a fait des trucs sympas, on est super contents de ce qu’il s’est passé. Et là aujourd’hui… Bon, à la base on devait jouer avec HATE ce qui était super pour nous. Malheureusement, ils ont dû annuler leur tournée, mais avec les groupes qui assurent derrière, c’est une superbe opportunité pour nous que de jouer dans une telle salle avec des groupes de cette qualité.
Justement, par rapport aux groupes qui jouent ce soir, y en a-t-il certains que vous connaissez ou que vous appréciez plus que d’autres ?
Mathieu : SHREDDING SANITY, avec qui on a déjà joué à Reims.
Laurent : Je ne les connais pas personnellement, mais j’ai déjà vu SVART CROWN en concert. Pareil pour LIVARKAHIL qu’on a eu l’occasion de voir au Metal Ride à Nancy. SHREDDING est un groupe avec lequel on s’entend super bien.
Au niveau des influences, vous citez volontiers MACHINE HEAD ou METALLICA, mais j’ai personnellement relevé un côté DEATH ANGEL, notamment dans la voix (Laurent acquiesce) et en particulier sur le premier morceau...
Anthony : Ce n’est absolument pas fait exprès…
Vianney : Tout ce qu’on écoute prend part d’une manière ou d’une autre à nos compositions.
Laurent : On ne s’en cache pas. Nos influences sont là, on les remarque quand on écoute notre CD, quand on nous entend en live. On n’a rien inventé, mais dans le thrash… Notamment en France, il n’y a pas beaucoup de groupes de thrash. Nous, on essaie de se démerder pour faire du bon thrash, un mix entre ce côté old-school qu’on aime tant avec des aspects plus modernes, des plans à la MACHINE HEAD comme tu le disais. Bon, après, on écoute d’autres choses...
Mathieu : T’as le bon et le mauvais thrash (nouvel éclat de rire général) !!!
A titre d’exemple dans le thrash français, EVIL ONE est-il une référence pour vous ?Laurent : Personnellement, je connais de nom mais je n’ai jamais écouté EVIL ONE.
Vianney : Pareil !
Laurent : EVILE, oui, mais EVIL ONE, malheureusement, non. Mais je prends note !
Ils sont quand même plus dans le côté old-school...
Laurent : Dans la tendance actuelle, il y a un revival du thrash old-school avec des groupes comme EVILE, WARBRINGER, MUNICIPAL WASTE, mais on n’a pas fait vraiment gaffe à l’émergence de cette scène qu’on a découverte progressivement. Et c’est vrai que c’est cool pour nous de profiter du fait que les thrashers sont toujours là, ils sommeillent un peu partout ! Ce renouveau du thrash nous fait super plaisir même si nous sommes jeunes (Vianney a 19 ans et nous 23 /24) mais nous sommes fans de ce genre. C’est bien qu’il y ait, en ce moment, de nouveau des groupes qui assurent et qui envoient !
Dans ma chronique, il y a une influence que je n’ai volontairement pas indiquée pour ne pas effrayer les lecteurs, mais le chant du dernier morceau...
Vianney et Laurent : (en chœur et coupant la question) SYSTEM OF A DOWN !Laurent : Comme tu peux le constater, on ne l’entend que sur cette chanson-là et c’est dû en très grande partie à...
Vianney : Tu connais MY DARK PROJECT ?
Anthony : Un bon groupe de Nancy qui se fait sa renommée.
Laurent : Le guitariste-chanteur, Jam, a sa propre voix, mais elle ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Serj Tankian ! C’est lui qui nous a enregistrés. Et on a fait un petit featuring.
Anthony : Mais ce n’était pas voulu, la ressemblance avec SYSTEM...
Laurent : La compo était prête avant qu’il n’intervienne. C’est lui qui nous a proposé de faire quelques harmonies. Et là on a dit : « banco ! » (rires). Je vous laisse libre de sélectionner ou « déselectionner » quelques passages de cette interview (rires) !

L’objectif, avec cet album, est certainement de donner des concerts. Mais dans le contexte actuel, se faire repérer par un label reste-t-il un but ?Laurent : Oui, c’est même un but qui se concrétise tout doucement car nous sommes en contact avec quelqu’un qui est sur le point de nous signer. Mais ne nous étalons pas là-dessus car ce n’est pas encore fait. Mais vous le saurez dans les semaines à venir.
Pour ressortir l’album ?
Laurent : Non, on ne va pas faire de réédition, mais on aura peut-être la distribution numérique qui nous manque encore. On a la distribution physique – enfin en autoproduction, on n’est pas distribués dans les grandes surfaces etc. – mais la distri numérique pourrait nous ouvrir des portes afin de toucher ce public-là. C’est en négociation et c’est bien parti, on fera peut-être une annonce dans les jours à venir.
Pour en revenir à l’enregistrement, pouvez-vous nous en dire plus sur les conditions ? Où ? Avec qui ?
Anthony : C’était donc avec Jam, en mars 2010, chez lui, dans son home-studio. On avait fait un concert avec lui et il nous a proposé de nous enregistrer. On a enregistré dans un trou paumé mais c’était une bonne expérience...
Mathieu : Ce mec est vachement doué. Il n’a pas beaucoup de matos : une petite table, quelques micros de base. Avec ça, il a réussi à nous faire sonner.
Laurent : C’est parti d’un rencontre. A l’époque il était batteur d’un groupe de grind festif, CADAVERIC HUNTER ; Et il joue aussi dans ASSHOLE. Et maintenant il joue dans MY DARK PROJECT qui marche bien...
Anthony : D’ailleurs nous étions son premier album. Il ne faisait que des EP’s.
Laurent : Je crois qu’on est à ce jour le seul album.
Et avec le recul, même si cela reste assez frais...
Laurent : Il est sorti en mars 2011. On a mis un an à l’enregistrer...
Anthony : Il y a eu des problèmes d’emplois du temps, de son côté comme du notre, et ça s’est étalé dans le temps...
Laurent : On ne s’est pas enfermés pendant deux semaines en studio. On a vraiment procédé par intermittence : un jour par ci, deux jours par là...
Comment voyez-vous l’album aujourd’hui ? Vous en êtes satisfaits ?
Anthony : En tant que musiciens, on a toujours…
Vianney : On est satisfaits mais on peut toujours faire mieux.
Surtout le bassiste qui vient d’arriver, il doit trouver plein de trucs à redire ! (fou rire général)
Anthony : En plus, la basse, c’est tout nouveau pour lui. A la base il est guitariste.
Vianney : Je me suis mis à la basse pour le groupe en fait...
Anthony : Et comme c’est un ami depuis cinq / six ans… Je savais qu’il voulait intégrer un groupe, donc je lui ai proposé et il s’est mis à la basse. Et il gère bien.
Laurent : Son but, c’est de virer Mathieu mais faut pas le dire (rires) !
Anthony : Pour revenir aux choses qu’on aimerait changer, oui, il y en a toujours de petites, mais bon…
Laurent : Après on entend tous les sons de cloches. Il y en a qui nous disent l’album sonne terrible, qu’il a un gros son. Et d’autres nous disent que la production n’est pas terrible. Mais vu le budget qu’on avait, je trouve qu’on s’en est sorti avec un son efficace, qui colle à ce qu’on cherchait. Quelque chose de moderne et old-school à la fois, comme le style musique qu’on pratique. Tout sonne bien, c’est bien mixé et masterisé.
Anthony : ça nous correspond.
Laurent : Après, bien sûr, pour le deuxième album, on aimerait taper dans quelque chose de plus lourd au niveau production. Mais on verra comment ça se passe dans le futur.
J’avais également noté un gros travail sur les arrangements, ce qui n’est pas anodin sur un premier album. Ce soir, en revanche, j’ai eu l’impression d’une plus grande fluidité sur scène que sur album. J’ai trouvé qu’on se perdait beaucoup moins dans les titres...
Mathieu : C’est peut-être plus rapide aussi. Ça tire moins en longueur parce qu’on joue plus vite...
Anthony : Personnellement, on me l’a déjà dit : qu’on ne sait pas trop où on va musicalement, qu’il n’y a pas de structures. Après, c’est ce qui se dit. Forcément, nous, on ne trouve pas (rires) ! Mais en live, on vit le truc et c’est différent.
Laurent : En live, il y a le visuel en plus : on est là en train d’headbanger, on bouge sur scène et ça joue énormément sur le déroulement du titre. Lorsque tu es assis dans ton canap’ et que tu écoutes l’album au casque, tu te concentres sur ce qui se passe et tu captes plus une vibe, une ambiance. Ce que tu dis, l’impression de moins se perdre, c’est surtout dû à l’ambiance live. Les arrangements que tu as sur le CD ne sont peut-être pas tous reproduits en live, car pour les vocaux je ne peux pas me dédoubler et mes camarades…
Vianney : ...n’ont pas envie de chanter (rires) !
Laurent : J’ai un timbre de voix assez particulier, assez pourri (rires), que mes camarades n’ont pas. Mais je pense que ce n’est pas ce qui manque le plus en live vu qu’il y a de l’énergie. Après, chacun capte ce qu’il veut bien capter...
Etant en interview avec LIVARKAHIL, j’ai malheureusement manqué le début de votre concert et...
Laurent : OK, salut ! (rires généraux)
Donc si vous pouviez me le refaire (rires) !
Laurent : On va te le faire en air-guitar si tu veux !
Vianney : En vocalises ! (et le groupe de joyeux drilles de se lancer dans l’interprétation vocale d’un morceau !)
Laurent : Par contre tu vas galérer pour retranscrire tout ça (rires) !
Quels sont vos projets, mis à part la concrétisation d’une signature dont nous avons déjà parlé ? Est-ce que vous allez jouer un maximum en live ou bien vous poser un peu pour composer ?
Laurent : On va, je pense, se poser. On a des débuts de compos qui commencent à venir et qui nous plaisent bien.
Anthony : On aimerait bien enregistrer, si possible, mi-2012 voire 2013. Mais on verra.
Mathieu : En studio pro.
Laurent : Mais on verra comment ça va se dérouler. C’est vrai que pour cet album-là, on a fait, non pas des millions de dates, mais une vingtaine. C’est déjà pas mal. Après, si des plans se présentent, on va sauter sur l’occasion.
Anthony : Mais on aimerait bien se concentrer sur le prochain. Parce que là on veut miser encore plus.
Laurent : Mais bon, on n’est pas pressés, on a le temps.
Anthony : Voilà, on n’est pas pressés... Enfin si, moi je suis pressé ! (fou rire général)
Vianney : Précisez dans l’interview que le batteur râle tout le temps !
Anthony : Je râle tout le temps, c’est vrai!
Laurent : D’ailleurs, si vous connaissez un batteur ! Donc les projets : concrétisation de ce dont nous avons parlé tout à l’heure, deux / trois dates qui arrivent à Reims, Sedan et qui seront les dernières de l’année. Après, s’il y a des propositions, on les acceptera sans doute avec grand plaisir comme on l’a toujours fait puisqu’on est souvent disponibles. Et donc se concentrer sur le deuxième album en continuant à promouvoir celui-ci grâce aux nouvelles opportunités qui nous seront offertes dans peu de temps je pense...
Un petit mot pour la fin ?
En chœur : ça suce !!! (fou rire général)
Laurent : Plus sérieusement, on remercie votre webzine de nous consacrer du temps, et bien sûr tous les gens qui soutiennent la scène locale car c’est comme ça qu’on arrivera à faire quelque chose. Sans le public on est que dalle : on est dans notre cave, OK c’est cool, mais il faut que les gens suivent. Vu les retours qu’on a pour le moment, il faut continuer ! Il faut que les webzines continuent à dépatouiller tout ce qui se passe dans l’underground pour voir émerger des groupes. C’était le mot de la fin : merci à tous ceux qui nous soutiennent et à vous !
Propos recueillis par Aymerick "Painless" et Morbid S.
Site Web
www.deficiency.fr
www.myspace.com/deficiency57
www.facebook.com/deficiency57
Chronique
State Of Disillusion
Report
Evening Of Metal 2011