A L’affiche de la dernière édition du CERNUNNOS FEST le 23 janvier dernier et auteur d’un deuxième album, Sidh, dont j’ai déjà pu vous vanter les mérites, il était grand temps de faire plus ample connaissance avec BRAN BARR et son Folk Metal. C’est le guitariste Nesh Keltorn assisté du chanteur Yoltar qui ont bien voulu dégainer leur plus beau clavier pour nous donner quelques nouvelles du front. Les fans du groupe étant habitués à beaucoup de patience pour découvrir un deuxième album qui aura mis dix ans à voir le jour, il n’est pas étonnant de constater que ce sera encore long avant de pouvoir entendre du nouveau matériel du groupe Parisien. Raison de plus pour revenir sur ce deuxième album, le concert au CERNUNNOS FESTIVAL et plein d’autres choses...
HEAVY SOUND : Peux-tu présenter le groupe, son histoire, son univers, la signification de son nom ?Yoltar (chant) : BRAN BARR est un groupe Parisien qui a été fondé en 1995 par Aed Morban (batterie) et moi-même (chant). Notre premier album Les Chroniques de Naerg est sorti en 2000. Ce dernier est sorti en autoproduction et a connu un certain succès lors de sa sortie. Par la suite, le groupe a passé quelques années à composer le 2ème album tout en donnant quelques concerts. Le groupe a ensuite signé en 2009 avec le label allemand, TROLLZORN, pour la sortie du nouvel album Sidh. Le groupe se compose actuellement de Yoltar (chant), Aed Morban (batterie), Llyr et Nesh Keltorn (guitares), Hades (basse) et Ahès (violon). Le groupe évolue dans un univers mêlant légendes celtiques et heroic fantasy. Bran Barr est un nom gaulois formé des mots Bran signifiant corbeau, et de Barr signifiant montagne ou obstacle. Bran Barr est donc le « corbeau psychopompe », le passeur des âmes dans l'autre monde.
Vous êtes resté muets pendant une décennie, que s’est-il passé ?
Nesh Keltorn (guitares) : Nous ne sommes pas réellement restés muets. Nous avons donné un certain nombre de concerts au cours de ces dix années, même si nous n’avons pas sortis d’album ou d’EP. Nous avons profité de ce temps pour composer Sidh et l’enregistrer, à notre rythme. Ensuite nous avons cherché un label pour la production de ce dernier et avons essuyés quelques déboires, ce qui a repoussé sa sortie.

Vous étiez à l’affiche du CERNUNNOS FEST le 23 janvier à La Machine, que vous évoque cette affiche éclectique, vous connaissiez déjà ce festival puisque certains membres s’y sont produit l’année dernière avec HEOL TELWEN, comment cela s’est-il passé ?
Nesh Keltorn : En effet nous connaissons bien ce festival. BRAN BARR y a joué lors de la 2ème édition le 16 décembre 2006. NYDVIND, dans lequel j'évolue ainsi que Yoltar notre chanteur, était à l'affiche de la 3ème édition. Ces deux expériences ont été vraiment bonnes. La Locomotive (son nom à l'époque) se prête vraiment bien à ce type d'évènement. L'organisation des Acteurs de l'Ombre est toujours impeccable, et c'est sans hésitation que nous avons accepté leur proposition pour cette année. L'affiche du CERNUNNOS est souvent éclectique, mélangeant les groupes de pure Folk/trad avec des groupes Metal, en passant par un panel chevauchant ces deux genres, ce qui en fait un festival riche. Il est vrai que l'année dernière du fait de l'indisponibilité de la Loco, l'Elysée Montmartre se prêtait moins bien à ce festival et du coup disposait de moins de groupes et donc une affiche plus restreinte, orientée plus métal.
Aviez-vous concocté un show spécial pour le CERNUNNOS FEST ? A quoi ressemblait votre show, quelque chose d'intense ou de plus léger ?
Nesh Keltorn : Nous y avons pensé, mais nous essayons déjà en règle générale de présenter certains éléments visuels en rapport avec notre musique et l’univers du groupe, mais ce n’est pas toujours simple. Pour le CERNUNNOS nous avons apporté quelques boucliers pour décorer l'avant de la scène, et chacun d'entre nous était vêtu dans l'esprit du groupe. Ensuite c'est plus sur le jeu de scène que cela se joue, et surtout nous donnons toute notre énergie à notre public, et Yoltar a été plutôt inspiré ce jour là (rires).
Y a-t-il un groupe que vous avez apprécié tout particulièrement sur l’affiche, aviez-vous déjà eu l’occasion de jouer avec l’un d’entre eux ?
Nesh Keltorn : Pour ma part j'attendais avec une grande impatience FEJD, groupe que j'adore vraiment, et je n’ai pas été déçu. Ainsi qu'ODROERIR, avec qui nous avons joué en décembre 2005 en Allemagne. J’étais aussi curieux de voir FINSTERFORST live, que j'avais raté il y a deux ans au RAGNAROK FESTIVAL en Allemagne, et que j’ai de nouveau raté car leur set chevauchait le notre. J’ai aussi été agréablement surpris par DORDEDUH et SKYFORGER.
Comment avez-vous trouvé le festival, son ambiance, l'organisation, le public ?
Nesh Keltorn : Et bien ce fut un fort agréable moment. L’organisation, rien à redire… tout c’est bien passé, pas de retard notable, bonne prise en charge par les Acteurs de l’Ombre, que l’on remercie chaleureusement. Le public... excellent :)
Sidh est sorti en février 2010, quelles sont les réactions du public pour cet album ? En êtes-vous toujours satisfait ?
Nesh Keltorn : Nous avons eu beaucoup de retour positif sur Sidh, aussi bien par la presse que par le public. Lors des concerts que nous avons donnés, le public était réceptif à ces nouveaux morceaux, ainsi qu’aux anciens. Oui, pour ma part toujours satisfait et je pense ne pas me tromper en disant que les autres ont le même avis. Je prends toujours plaisir à écouter l’album, et encore plus à jouer les morceaux sur scène, mais sur ce point je pense que ça se voit (rires).

Y a-t-il un concept sur cet album exprimé à travers les paroles ? De quoi parlent vos textes ?
Yoltar : Tous les albums de BRAN BARR sont conçus comme des concepts albums relatant une histoire complète et homogène. Notre premier disque racontait les guerres et batailles ethniques entre deux peuples, les Keltains et les Formors. Notre nouveau disque est quant à lui plus intimiste puisqu’il relate la vie d’un héros nommé Fearg. Le déroulement de notre album suit l’existence de ce héros, de sa naissance à son accomplissement final. Le disque tourne également autour du thème du Sidh, qui est le nom donné à l’autre monde dans les légendes celtiques. Le Sidh est un univers mystique que seuls certains individus – principalement les dieux et les héros – sont autorisés à pénétrer. C’est un monde mystérieux où tous les repères sont inversés, comme notamment la notion de bien et de mal. Notre héros Fearg connaît une destinée à la fois tragique et fantastique car cet homme traversera bien des états avant de toucher sa grande destinée. Il sera tour à tour chassé de son clan, persécuté et exilé, condamné à errer dans le Sidh et à perdre sa condition humaine, jusqu’à finalement renaître et embrasser un destin de roi sauveur. Cet album est très riche à la fois dans ses ambiances et dans ses rebondissements et notre musique suit le cours de cette histoire, en total harmonie entre histoires racontées et ambiances musicales.
Vous reprenez "Ode Aux Lointains Souverains" de STILLE VOLK, dans une version très personnelle, groupe que vous avez donc croisé l’an passé, qu’est-ce qui a déterminé ce choix ? Malgré sa musique très folklorique, son lien avec le public Metal est très fort, pensez-vous que l’inverse soit possible ?
Yoltar : Certains d'entre nous sont de très anciens fans de ce formidable groupe qui a su offrir une musique totalement rafraichissante dans le paysage métal que nous connaissons. Et puis il faut bien reconnaitre que les passerelles thématiques ont toujours été nombreuses entre le monde du métal et le monde de la musique traditionnelle, avec bien souvent comme point de repère la référence aux traditions ancestrales et autres mythes historiques. Pour répondre à ta seconde question, nous sommes assez mal placés pour estimer une quelconque relation entre notre musique et le public folk pour la simple raison que BRAN BARR n'a jamais réellement été invité à des manifestations "trad folk". Pour ainsi dire, le public de la musique folk ne nous connait pas. Je pense aussi que la brutalité de notre musique pourrait assurément en faire fuir plus d'un et c'est aussi la raison pour laquelle le groupe n'a jamais vraiment insisté pour être mélangé et associé à la scène musicale folk.
Les éléments folkloriques tiennent une place très importante dans votre musique dans le sens où vous basez l’essence de vos titres sur ces éléments et n’utilisez pas ces instruments comme simple gimmick, comment composez-vous pour aboutir à cette équation ? Est-ce un travail collectif ? Cela commence-t-il par la mélodie vocale, un riff de guitare, une ambiance particulière ?
Nesh Keltorn : En règle générale nous partons d’une base métal. Ce sont, dans 80% des cas, les guitares qui sont à l’origine de nos morceaux. Ensuite dans notre travail ces guitares peuvent être arrangées pour coller avec les lignes d’instrument « folk ». Dans l’ensemble c'est toujours un travail collectif, même si les premières pierres viennent des guitares, les autres donnent leur avis et ajoutent leur touche.
Un titre aussi riche que "Journey – The Grand Quest For The Magical Acorn" par exemple, comment est-il né ?
Nesh Keltorn : En effet, ce morceau comporte un grand nombre d'influence. Au départ nous nous sommes basés sur une composition de notre ancien guitariste, Fir Doirtche, que nous avons travaillé en répétition. Les riffs se sont mis bout à bout pour donner un première forme au morceau, chacun ayant participé et apporté son avis. Au fil des répétitions, le morceau à pris sa forme quasi définitive. Suite au départ de Fir Doirtche, Llyr y a apporté sa patte et nous avons fait les derniers arrangements lors de l'enregistrement en studio.
Visiblement, l’écriture de l’album s’est faite à partir de 2005, avez-vous accumulé d’autre matériel pour un autre album que l’on pourrait découvrir rapidement ?
Nesh Keltorn : En fait non, disons plutôt que justement l’écriture de l’album s’est achevée en 2005, moment ou nous sommes entrés en studio. Nous avons un peu de matériel, mais pour l'instant rien n'est assez avancé pour le faire découvrir. Nous nous sommes concentré ces derniers temps sur la promotion de Sidh, la préparation de nos concerts, et nous avons commencé le réenregistrement de notre premier album car ce dernier date de plus de 10 ans et dispose d'une mauvaise production. Nous verrons ensuite comment les choses évoluent.

Quels sont vos projets pour 2011 ?
Nesh Keltorn : Nous venons de jouer à Toulouse samedi 4 février et avons pour l'instant 3 autres concerts de prévus pour 2011, dont le RAGNAROK festival fin avril en Allemagne. Nous sommes aussi en cours de négociation pour d'autres dates.
Que signifie le Paganisme pour vous en tant qu’êtres et en tant qu’artistes ?Nesh Keltorn : Pour ma part je ne sais pas si je peux être considéré comme un pur païen. Je ne suis en réalité que ma propre religion basée sur un ensemble de croyances et de valeurs qui me sont propre. Je n’adhère donc à aucun panthéon ancien ou nouveau. Mon point de vue est que l’être humain fait partie de la nature et que ce dernier doit s’efforcer de vivre en harmonie avec et l’ensemble des autres éléments qui en font partie. En tant qu’artiste cela influe plus sur la composition des textes, chose que l’on ressent beaucoup plus dans NYDVIND, groupe fondé par Yoltar, auquel je participe activement. Dans le cadre de BRAN BARR les paroles ne sont basées que sur une histoire, comme précisé précédemment.
Pensez-vous que le mouvement écologique qui vient en grande partie de la peur du réchauffement climatique ne provoque pas un amalgame dans la vision du Paganisme de certains, mouvement beaucoup plus profond qui ne comprend pas uniquement la vie dans le respect de notre environnement, il y a une histoire, des mythes, des codes qui forment la base du mouvement et qui ne sont pas toujours connus ?
Nesh Keltorn : En effet ce n’est pas impossible. Comme précisé plus haut je suis plutôt dans une mouvance que l’on pourrait rattacher à l’écologie étant donné que je ne suis pas réellement les codes de ce que l’on pourrait appeler le paganisme. Après, tout dépend de comment l’on interprète le terme paganisme. Les celtes étaient païens, les vikings aussi, et ces deux civilisations sont toutefois fort différentes en terme de croyances, de coutumes et de dieux. Du coup je ne suis pas le mieux placer pour parler de ce sujet :) Après, le mouvement dit écologique grandit depuis déjà un certain nombre d’années, et ce n’est pas un mal, mais c’est peut être déjà trop tard. Toutefois, au risque de paraitre quelque peu extrême, l’homme se comporte plus comme un parasite et n’a que ce qu’il mérite.
Quelque chose à ajouter ?
Merci à toi pour ces questions et un grand salut « païen » à ceux qui apprécient notre musique !
Propos recueillis par Aymerick "Painless"
Site Web
http://branbarr.free.fr
www.myspace.com/branbarr
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